À midi, une sirène retentit à Zaporijjia — et les élèves ne courent pas à la maison, mais descendent des escaliers, là où, à quelques mètres sous terre, les attendent des pupitres, un tableau et une ventilation autonome. Pour des milliers d’enfants de cette ville proche du front, ce n’est plus une situation extraordinaire mais un matin de septembre ordinaire, et derrière cette normalité se cachent des mois de bétonnage, de conception et de livraison de chantiers dans les délais.
Dans quelques semaines commence la nouvelle année scolaire dans la région de Zaporijjia, et la question de savoir si les enfants pourront suivre les cours en présentiel ne dépend pas seulement des enseignants cet été, mais avant tout des équipes de construction. Lors d’un point de presse sur la préparation du secteur éducatif régional pour l’année scolaire 2026/2027, la directrice du département de l’Éducation et des Sciences de l’administration militaire régionale de Zaporijjia, Olena Kazannikova, a détaillé les chantiers achevés — et les chiffres sont éloquents. Pour les autorités locales et les entrepreneurs travaillant sur des marchés proches du front, c’est une sorte de bilan intermédiaire : ce qui a été accompli, ce qui reste en cours, et quels délais sont réalistes lorsqu’on construit sous les bombardements.
Écoles souterraines de Zaporijjia : les chiffres du point de presse
Voici les principaux points évoqués :
- la région compte 276 abris scolaires ;
- 262 d’entre eux ont fait l’objet d’une réfection en profondeur au cours des quatre dernières années ;
- grâce à ce réseau élargi d’ouvrages de protection, près de 20 000 enfants suivent chaque jour des cours en présentiel ;
- six écoles souterraines sont en cours d’achèvement pour la nouvelle année scolaire — trois établissements entièrement nouveaux, dont la construction a débuté cette année, et trois autres, entamés plus tôt, désormais proches de leur achèvement ;
- à partir d’août, des programmes éducatifs d’été seront lancés pour les lycéens.
« En quatre ans, nous avons rénové 262 abris. Ce sont des dépenses colossales, mais nous devons les assumer, car derrière chaque ouvrage se trouve un enfant bien réel », a déclaré Mme Kazannikova.
Pourquoi la rénovation des abris scolaires est aussi une affaire de construction
Les écoles souterraines de Zaporijjia ont depuis longtemps cessé d’être une solution provisoire de temps de guerre. Il s’agit d’un type de construction à part entière, avec ses propres normes de conception, ses exigences en matière de ventilation, d’alimentation électrique et d’autonomie en cas de coupure. Édifier un tel ouvrage est plus complexe et plus long qu’une école ordinaire : sous terre, les charges sur les structures diffèrent, la logistique du bétonnage diffère, les délais de livraison diffèrent. C’est pourquoi, sur les six chantiers que la région souhaite achever avant le 1er septembre, trois sont encore en cours — les délais y sont dictés non par la volonté d’être prêt pour la sonnerie de la rentrée, mais par la physique même du processus de construction.
Ce que cela signifie pour le secteur de la construction
Pour les entrepreneurs, cette histoire illustre bien la manière dont la notion même de « construction scolaire » a évolué au fil des années de guerre. La conception et l’édification d’ouvrages de protection sont devenues un segment à part entière des marchés publics, et les entreprises capables de travailler sur des structures souterraines et la protection technique sont devenues une ressource recherchée dans les régions proches du front. Zaporijjia n’est qu’une région parmi d’autres, mais son expérience est déjà étudiée ailleurs, là où se pose, avant chaque nouvelle année scolaire, la même question : comment assurer à la fois une salle de classe et la sécurité des enfants. Pour les maîtres d’ouvrage publics, c’est aussi une leçon pour l’avenir : la réfection en profondeur d’un abri ou la construction d’une école souterraine devrait être planifiée non pas quelques semaines avant la rentrée, mais comme un projet d’infrastructure pluriannuel, avec son propre budget, son entrepreneur et une marge de temps pour les imprévus.
Tandis que certains comptent les abris en mètres carrés, d’autres les comptent en sourires d’enfants retrouvant une vie scolaire normale. C’est peut-être l’indicateur le plus juste que la reconstruction du pays ne se joue pas seulement sur les grandes routes, mais aussi sous terre, à quelques mètres de profondeur, là où l’on achève actuellement la rentrée de septembre de quelqu’un.
Source : ZNAJ.UA



