Pendant deux hivers de suite, des femmes de villages du sud de la région de Dnipropetrovsk ont porté des seaux jusqu’aux citernes garées sur le bord de la route — comme si le village n’avait jamais eu l’eau courante. La faute n’en revient pas à la pauvreté, mais à la guerre : à l’été 2023, les forces russes ont fait sauter le barrage de Kakhovka, et avec le réservoir a disparu l’approvisionnement en eau potable de dizaines de communautés. Cet automne, la situation évolue enfin : les adductions d’eau en région de Dnipropetrovsk entrent dans la dernière ligne droite.
Pour les commanditaires publics et les autorités locales, cette nouvelle n’est pas qu’une chronique de plus sur un projet de reconstruction. C’est l’illustration de la façon dont, après la perte d’une infrastructure critique, on construit non pas des béquilles provisoires pour une saison, mais des réseaux capitaux conçus pour des décennies. Pendant plus de deux ans, les camions-citernes ont été la seule source d’eau potable pour des dizaines de villages — c’est précisément pourquoi la mise en service de réseaux permanents revêt ici une portée aussi symbolique que technique.
Deux systèmes d’approvisionnement en eau : chiffres et délais
Voici ce que l’on sait des deux projets à la mi-septembre :
- Le premier système couvrira 35 localités et environ 18 000 habitants, la mise en eau étant prévue dès juillet 2026.
- Le second couvrira 14 localités et environ 11 000 personnes, avec une première mise en service prévue en septembre.
- Ensemble, cela représente plus de 28 000 habitants répartis dans 49 villages et localités du sud de la région de Dnipropetrovsk.
- Les entreprises posent plus de 10 km de nouvelles adductions d’eau et environ 7 km de réseaux d’assainissement, et construisent des stations de pompage et de filtration.
- Les projets sont mis en œuvre par l’Agence de reconstruction en collaboration avec le ministère du Développement des communautés et des territoires.
L’essentiel ici n’est pas le kilométrage de tuyaux, mais le fait que dans nombre de ces villages, l’assainissement centralisé apparaît pour la première fois de leur histoire — il n’en avait tout simplement jamais été question auparavant, les habitants vivant avec des fosses d’aisance. Autrement dit, la reconstruction ne ramène pas ces communautés à leur état d’avant-guerre, mais les hisse à un niveau qu’elles n’avaient jamais connu, même avant 2023.
L’assainissement centralisé : pas un luxe, mais une mise à niveau
Dans les rapports arides, cela sonne comme un détail technique : « construction de réseaux d’assainissement ». Dans la vie réelle, cela signifie qu’une école, un dispensaire ou un immeuble d’un village cesse de dépendre du passage à temps du camion de vidange. Pour des communautés qui vivaient depuis des années sur un financement résiduel, c’est un bond d’une génération, et non une simple retouche cosmétique.
Pourquoi ce cas est révélateur pour le secteur
Pour les entreprises de construction qui travaillent avec des commanditaires publics, ce projet rappelle où se dirigent les priorités de la reconstruction des infrastructures. L’approvisionnement par camions-citernes coûte plus cher aux communautés, et plus longtemps, que la construction d’un réseau capital : la logique de la commande publique penche donc de plus en plus vers les installations pérennes plutôt que vers le rafistolage ponctuel des conséquences. Cela vaut pour les routes, les écoles et les adductions d’eau — partout où une solution temporaire peut être remplacée par une solution durable. Et c’est précisément le type de commande publique où l’entrepreneur ne répond pas d’un rapport rapide, mais d’un réseau qui fonctionnera des décennies après la réception des travaux.
Quand, dans un village, on ouvre enfin le robinet et que l’eau coule non plus d’une citerne mais d’une adduction neuve, c’est cette petite victoire quotidienne, discrète, dont est faite la reconstruction du pays.
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Source : Ukrinform

